Sursaut BnF

Blog des élus de la liste FSU et non-syndiqués au Conseil scientifique de la BnF

Archives de Tag: offre documentaire

La Bibliothèque de la Cité des Sciences et de l’Industrie : réduite bientôt à un Learning center ?

Très forte inquiétude des salariés de la BSI qui s’alarment d’un projet très réducteur signant la fin de la bibliothèque de vulgarisation scientifique et technique d’envergure nationale.

Nous produisons ici la lettre des personnels de la Bibliothèque de la Cité des Sciences et de l’Industrie envoyée à Aurélie Filippetti le 19 février 2013.

lettre BSI Ministere

Pétition ici : http://www.petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2013N37101

Inquiétudes des élus du personnel sur l’avenir des langues orientales à la BnF

Les représentants du personnel siégeant au Conseil scientifique de la BnF avaient obtenu d’inscrire cette question de l’avenir des langues orientales à la BnF à l’ordre du jour de la séance du 5 mars 2013, à l’occasion du rattachement annoncé  du Service des langues orientales (SLO) au Service des littératures étrangères (SLE).

Lire ici la déclaration des élus du personnel suite à la présentation officielle du directeur du Département Littérature et art, auquel appartiennent ces deux services.

 

Réforme du Haut-de-jardin et traduction programmée en salle J : 21 000 ouvrages en moins pour nos lecteurs

12 janvier 2012 : une grande réunion organisée par la direction du département Philosophie, histoire, sciences de l’homme annonçait aux catalogueurs que le grand chantier de réduction des collections programmé par la « Réforme du Haut-de-jardin » était imminent.  Début des opérations programmé : février 2012.

Un exemple de chiffres : 21 000 ouvrages à supprimer des rayonnages sur les 71 000 présents en salle J (Histoire, philosophie, religion, éducation, sociologie, géographie, ethnologie, éducation) d’ici à 2013. Rappelons que plus de 2200 ouvrages ont déjà été retirés des étagères de cette même salle en 2011, ce qui laisse déjà bien des vides (cf. article précédent)

PornGallica ?

Lors du dernier Conseil scientifique de la BnF, le 13 décembre dernier, un point de l’ordre du jour concernait Gallica. Alors que la direction ne souhaitait parler que des évolutions techniques (qualité du zoom, etc.), le débat s’est vite cristallisé sur une question autrement plus importante, celle du profil documentaire de la bibliothèque numérique et de son avenir.

Conçue originellement comme un moyen de donner accès à tous à distance, gratuitement  et en texte intégral aux documents patrimoniaux conservés à la BnF et dans d’autres bibliothèques françaises, la bibliothèque numérique connaît aujourd’hui un début de dérive  susceptible de mettre, à terme, son identité en danger. Avec l’intégration croissante d’ouvrages sous droits et payante d’e-distributeurs qui l’utilisent à des fins purement  commerciales, cet outil essentiel est dès aujourd’hui dévoyé. Le logo Gallica, identifié partout à travers le monde à la Bibliothèque nationale de France, estampille aujourd’hui tout et n’importe quoi.

Ainsi un lecteur désirant trouver des ouvrages numérisés sur Marseille pouvait-il il y a quelques jours y faire d’étranges rencontres. A la page 4 des résultats, obtenue par la recherche simple, cohabitaient ainsi L’aviateur anglais, un roman des éditions Phébus paru en 2011 , le plan d’une écluse à Vanne  de 1787 conservé à la Bibliothèque de l’Arsenal, un journal hebdomadaire marseillais du 19e siècle (provenant des fonds du département Presse de la BnF), un manuel Hachette de 2010 Droits fondamentaux et libertés publiques et cinq ouvrages pornographiques contemporains publiés par Média 1000 dont l’ « intrigue »  se déroulait à Marseille: La Fliquesse lubrique, Bondages, A la campagne, je faisais la petite cochonne, J’étais la secrétaire d’un obsédé.

Très curieuse découverte d’autant plus que ces  ouvrages de Numilog portaient le logo de subvention du Centre national du Livre (CNL).

Ce mélange des genres et cette utilisation plus que perturbante des crédits CNL, pointé du doigt par les élus FSU, n’a pas manqué de provoquer un débat animé au sein du Conseil scientifique.

Au-delà du caractère incontestablement grossier de ces publications n’y a-t-il pas à craindre que ce mélange des genres nuise à la lisibilité du projet patrimonial originel ? Que la richesse de l’offre d’ouvrages numérisés soit noyée dans une masse informe et sans contours ? N’y a-t-il pas déjà une perte de contrôle de la direction de l’établissement devant l’appétit de « partenaires » privés qui recherchent la rentabilité avant toute chose ?

 Au lendemain du Conseil scientifique et suite à la parution de l’article d’Actualitté  d’hier qui a fait beaucoup de bruit dans la biblioblogosphère (Bnf : Numilog alimente Gallica en ebooks pornographiques), la direction de l’établissement s’est empressée de supprimer ces ouvrages de la maison d’édition Media 1000. Nous ne pouvons que nous en féliciter. Ceci dit, le problème reste entier : cohabitent toujours dans Gallica des ouvrages patrimoniaux consultables gratuitement en texte intégral sélectionnés par les bibliothèques et des appels publicitaires vers le tout venant de la production éditoriale qui renvoient vers des e-distributeurs et leur système de pay per view.

Le débat a permis de délimiter deux positions au sein du Conseil scientifique :

  • D’un côté le Président de la BnF, le directeur des services et des réseaux et le directeur de la BPI qui militent, au nom d’un pragmatisme mou et d’une conception marketing de la modernité, pour la transformation de Gallica en un vaste réservoir informe de données numériques, auquel ils donnent le nom de point unique d’accès. Tout doit être stocké au même endroit : collections patrimoniales, dépôt légal, production commerciale sous droit, etc. Ils sont soutenus en cela par le ministère de la Culture qui fait manifestement de cette affaire un enjeu politique. Nous noterons cependant que le représentant de la tutelle n’a pas cherché à conférer un vernis scientifique à cette position. Pour lui, il s’agit surtout de faire des économies et d’imposer au passage la règle sacro-sainte du partenariat public-privé, destinée, à terme, à réduire les investissements de l’état !
  • De l’autre, la majorité du Conseil scientifique (universitaires, personnalités qualifiées, éditeurs, bibliothécaires)

Pour nous, il s’agit désormais de veiller à ce que Gallica continue de s’enrichir sur la base d’une politique documentaire conduite par les bibliothécaires et dans le respect des missions de service public dévolues à la BnF. Seule cette affirmation permettra de développer une bibliothèque numérique de qualité, aux contenus maîtrisés et organisés, digne de notre établissement et de sa tradition intellectuelle et scientifique.

Cette position devra être défendue contre les tenants du mercantilisme et de la dissolution de la culture dans le grand bazar libéral. Nous serons de ce combat. Avec tous ceux qui tiennent à ce que la BnF reste un lieu de partage et d’enrichissement des savoirs.

L’électronique, c’est chic … normalement

« There is no reading record ! »

Quelle ne fut pas notre étrange découverte, il y a quelques mois, à la consultation d’une des tablettes de lecture du Labo BnF !

Avide de tester, comparer les nouvelles liseuses numériques dont nous guettions avidemment la sortie – les premiers modèles manipulés il y a quelques années au Salon du Livre bien que séduisants n’allaient pas au bout des potentialités espérées – nous avons fait une bien vilaine découverte : aucun livre consultable sur une des tablettes manipulées ! Derrière la rubrique « Books » : ces cinq malheureux mots « There is not reading record ! » Avec comme ultime provocation un point d’exclamation victorieux. De quoi faire manger du Prozac à des générations de lecteurs et de bibliothécaires ! Et là, malheur du sort ou du calendrier, pas de divan ou de canapé, glorieux mobilier étendard de la Réforme du Haut-de-jardin, pour se remettre un peu de cette déconcertante déconvenue !

 

Un incident plus que significatif malheureusement

Ce petit incident n’aurait finalement pas été si grave s’il ne résumait pas les errements de la BnF relatifs aux questions  d’articulation de la documentation électronique et de la documentation imprimée. Effectivement, aujourd’hui ne pas prendre en compte l’émergence de nouveaux supports et de nouvelles pratiques de lecture serait une très grave erreur pour notre établissement. Nous pensons pour autant que la technique doit se mettre au service des contenus et des lecteurs, non l’inverse. Une accumulation de gadgets high-tech, par définition vite périssables, ne peut pas se substituer à une véritable bibliothèque.

Aujourd’hui qui sait combien d’abonnements électroniques à des revues ou des bases de données, payés très cher par la BnF, se sont pas consultables faute d’une structuration solide d’un service dédié ? Quel lecteur n’a pas rencontré des problèmes d’accès à des bases de données, pourtant opérationnelles sur le papier ? Qui n’a jamais eu de souci d’impression d’un article capital pour ses recherches ?

Nous estimons aussi que la réflexion doit être menée dans une logique de complémentarité et non de concurrence. La direction des collections de la BnF projette de supprimer des milliers d’ouvrages imprimés des rayonnages de la bibliothèque du Haut-de-jardin en prétextant parmi d’autres raisons (« aérer les salles », « faciliter les déambulations », installer des canapés …) que la documentation électronique prendra le relais. C’est oublier qu’une grande partie de la documentation produite ne possède pas toujours d’équivalent numérique ou que seule une carte bancaire permet d’en délivrer le contenu.

Il est urgent aujourd’hui de réfléchir à l’articulation des supports,  aux changements de modèles organisationnels et aux médiations à mettre en place afin de faciliter l’accès à tous types de documents – qu’ils soient imprimés ou numériques – dans une logique concertée et pensée… bref une logique normalement au cœur de nos métiers !

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