Sursaut BnF

Blog des élus de la liste FSU et non-syndiqués au Conseil scientifique de la BnF

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Réforme du Haut-de-jardin et traduction programmée en salle J : 21 000 ouvrages en moins pour nos lecteurs

12 janvier 2012 : une grande réunion organisée par la direction du département Philosophie, histoire, sciences de l’homme annonçait aux catalogueurs que le grand chantier de réduction des collections programmé par la « Réforme du Haut-de-jardin » était imminent.  Début des opérations programmé : février 2012.

Un exemple de chiffres : 21 000 ouvrages à supprimer des rayonnages sur les 71 000 présents en salle J (Histoire, philosophie, religion, éducation, sociologie, géographie, ethnologie, éducation) d’ici à 2013. Rappelons que plus de 2200 ouvrages ont déjà été retirés des étagères de cette même salle en 2011, ce qui laisse déjà bien des vides (cf. article précédent)

L’électronique, c’est chic … normalement

« There is no reading record ! »

Quelle ne fut pas notre étrange découverte, il y a quelques mois, à la consultation d’une des tablettes de lecture du Labo BnF !

Avide de tester, comparer les nouvelles liseuses numériques dont nous guettions avidemment la sortie – les premiers modèles manipulés il y a quelques années au Salon du Livre bien que séduisants n’allaient pas au bout des potentialités espérées – nous avons fait une bien vilaine découverte : aucun livre consultable sur une des tablettes manipulées ! Derrière la rubrique « Books » : ces cinq malheureux mots « There is not reading record ! » Avec comme ultime provocation un point d’exclamation victorieux. De quoi faire manger du Prozac à des générations de lecteurs et de bibliothécaires ! Et là, malheur du sort ou du calendrier, pas de divan ou de canapé, glorieux mobilier étendard de la Réforme du Haut-de-jardin, pour se remettre un peu de cette déconcertante déconvenue !

 

Un incident plus que significatif malheureusement

Ce petit incident n’aurait finalement pas été si grave s’il ne résumait pas les errements de la BnF relatifs aux questions  d’articulation de la documentation électronique et de la documentation imprimée. Effectivement, aujourd’hui ne pas prendre en compte l’émergence de nouveaux supports et de nouvelles pratiques de lecture serait une très grave erreur pour notre établissement. Nous pensons pour autant que la technique doit se mettre au service des contenus et des lecteurs, non l’inverse. Une accumulation de gadgets high-tech, par définition vite périssables, ne peut pas se substituer à une véritable bibliothèque.

Aujourd’hui qui sait combien d’abonnements électroniques à des revues ou des bases de données, payés très cher par la BnF, se sont pas consultables faute d’une structuration solide d’un service dédié ? Quel lecteur n’a pas rencontré des problèmes d’accès à des bases de données, pourtant opérationnelles sur le papier ? Qui n’a jamais eu de souci d’impression d’un article capital pour ses recherches ?

Nous estimons aussi que la réflexion doit être menée dans une logique de complémentarité et non de concurrence. La direction des collections de la BnF projette de supprimer des milliers d’ouvrages imprimés des rayonnages de la bibliothèque du Haut-de-jardin en prétextant parmi d’autres raisons (« aérer les salles », « faciliter les déambulations », installer des canapés …) que la documentation électronique prendra le relais. C’est oublier qu’une grande partie de la documentation produite ne possède pas toujours d’équivalent numérique ou que seule une carte bancaire permet d’en délivrer le contenu.

Il est urgent aujourd’hui de réfléchir à l’articulation des supports,  aux changements de modèles organisationnels et aux médiations à mettre en place afin de faciliter l’accès à tous types de documents – qu’ils soient imprimés ou numériques – dans une logique concertée et pensée… bref une logique normalement au cœur de nos métiers !

« Réforme du Haut-de-jardin » de la BnF et réaménagement de la Bpi : article et interview sur France Culture

Interview donnée à France Culture de deux élus au Conseil scientifique de la BnF fin août 2011

A découvrir ici :

N’hésitez pas à laisser vos commentaires sur le site de France Culture !

Réforme du Haut-de-jardin : chronique d’un massacre à la tronçonneuse … silencieuse

C’est une élimination silencieuse. Non médiatisée, malheureusement. Des dizaines de milliers de livres disparaîtront bientôt de la Bibliothèque d’étude de la BnF. Beaucoup d’ouvrages sont déjà partis pour le « pilon », un mot coquet pour désigner la poubelle. La réduction des collections a déjà commencé, elle se poursuit, très souvent dans le silence.

Vue d'une des salles du Haut-de-jardin qui commence à être "écrêtée"

Bientôt l’établissement n’offrira à ses lecteurs qu’une offre plus que maigrichonne car cette élimination massive en cours dans les rayons, cet « écrétage » pour reprendre un terme du projet cher à  la direction des collections, s’accompagne d’une diminution drastique des budgets d’acquisitions pour l’ensemble de la bibliothèque. Par exemple, en ce qui concerne les revues, le budget a été très fortement amputé pour la campagne d’abonnements 2011-2012 (il manque ainsi 16 000 euros au département Littérature et art, 48 000 euros au département Philosophie, histoire, sciences de l’homme et 71 000 euros au département Droit, économie, politique pour reconduire leurs abonnements), une baisse qui vient s’ajouter aux coupes déjà subies ces dernières années et qui ont déjà réduit la couverture documentaire de la BnF.

Les programmations de désherbage se poursuivent, ainsi peut-on lire dans le compte rendu de la réunion d’encadrement du département Littératures et Art du 7 juillet 2011 que   » D’après le dernier état de la volumétrie des monographies LLA du HdJ, il faudra désherber 15 000 volumes environ pour atteindre la volumétrie cible « .

Coupes documentaires et arbitrage budgétaires difficiles à accepter alors que l’établissement dépense des sommes considérables pour des aménagements d’espace contestables en faisant appel à une armada de cabinets d’architectes programmistes et de designers d’espace (Cf le « flop » du Labo fantôme dans le Hall Est et les 450 000 euros qu’il a coûté).

Quelle nouvelle bibliothèque souhaite donc la direction ? Une coquille vide où l’on pourra méditer tout à loisir sur la « mort du livre », tant et tant annoncée ?

Ou n’est-ce qu’une spéculation  (dans tous les sens du terme !), qui permet, au mépris des pratiques réelles, de justifier d’importantes réductions de budget, de vraies coupes sombres qui mettent nos rayonnages à nu ? Et nos lecteurs dans une situation de dénuement documentaire tout à fait inédite depuis l’ouverture du Haut-de-jardin.

Bibliothèques de la ville de Paris : diversité documentaire également en péril !

A l’heure où la diversité et le niveau des collections de la BnF sont sérieusement remis en cause par la « Réforme du Haut-de-jardin » piloté par Denis Bruckmann, directeur des collections (cf articles déjà mis en ligne sur ce blog), les bibliothèques de la ville de Paris sont également touchées par un tel projet de remodelage documentaire.

On apprend ainsi que les ouvrages jugés les « moins rentables », c’est-à-dire aux taux de rotation les plus bas devraient sous peu être condamnés à disparaître des rayonnages (cf article du blog du SUPAP-FSU). Cette tendance est générale, des collègues de la Bibliothèque publique d’information, de la bibliothèque universitaire de Nanterre et de celle de Lyon, nous avaient déjà interpellés, très alertés sur le risque que font courir ces projets au paysage documentaire et à la diversité de l’offre proposée aux lecteurs.

Terrible mode galopante qui s’instaure sans concertation des bibliothécaires et surtout des usagers !

Soulignons que les directions des établissements concernés se gardent bien de faire savoir aux principaux intéressés, nos chers lecteurs, combien d’ouvrages leur seront désormais soustraits. Elles communiquent sur le gain de confort qu’apporteront ces « réformes », sur le nouveau mobilier envisagé, sur la possibilité accrue de se restaurer sur place ou sur le développement de nouveaux « services ». C’est oublier ce qui fait la qualité d’une bibliothèque : son offre documentaire !

Souvenons-nous de Fahrenheit 451.  Dans cette fiction visionnaire de Ray Bradbury, publiée en 1953, un bon pompier, pour les autorités en place, était un pompier pyromane. Un bon bibliothécaire sera-t-il bientôt un bibliothécaire qui brûlera le plus de documents possible ? Dans Fahrenheit 451, les livres étaient interdits à la population, trop dangereux pour le pouvoir établi , faisant bien trop réfléchir les gens.

Dans le monde actuel soumis à des rythmes de plus en plus soutenus, où les sollicitations publicitaires sont incessantes, où la rentabilité économique est le maître mot, nous avons plus que jamais besoin de nos bibliothèques et des potentialités d’horizons qu’elles nous ouvrent.

Lecteurs, bibliothécaires, ne succombons pas au fatalisme ambiant, unissons-nous et refusons ces projets  !

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