Sursaut BnF

Blog des élus de la liste FSU et non-syndiqués au Conseil scientifique de la BnF

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L’électronique, c’est chic … normalement

« There is no reading record ! »

Quelle ne fut pas notre étrange découverte, il y a quelques mois, à la consultation d’une des tablettes de lecture du Labo BnF !

Avide de tester, comparer les nouvelles liseuses numériques dont nous guettions avidemment la sortie – les premiers modèles manipulés il y a quelques années au Salon du Livre bien que séduisants n’allaient pas au bout des potentialités espérées – nous avons fait une bien vilaine découverte : aucun livre consultable sur une des tablettes manipulées ! Derrière la rubrique « Books » : ces cinq malheureux mots « There is not reading record ! » Avec comme ultime provocation un point d’exclamation victorieux. De quoi faire manger du Prozac à des générations de lecteurs et de bibliothécaires ! Et là, malheur du sort ou du calendrier, pas de divan ou de canapé, glorieux mobilier étendard de la Réforme du Haut-de-jardin, pour se remettre un peu de cette déconcertante déconvenue !

 

Un incident plus que significatif malheureusement

Ce petit incident n’aurait finalement pas été si grave s’il ne résumait pas les errements de la BnF relatifs aux questions  d’articulation de la documentation électronique et de la documentation imprimée. Effectivement, aujourd’hui ne pas prendre en compte l’émergence de nouveaux supports et de nouvelles pratiques de lecture serait une très grave erreur pour notre établissement. Nous pensons pour autant que la technique doit se mettre au service des contenus et des lecteurs, non l’inverse. Une accumulation de gadgets high-tech, par définition vite périssables, ne peut pas se substituer à une véritable bibliothèque.

Aujourd’hui qui sait combien d’abonnements électroniques à des revues ou des bases de données, payés très cher par la BnF, se sont pas consultables faute d’une structuration solide d’un service dédié ? Quel lecteur n’a pas rencontré des problèmes d’accès à des bases de données, pourtant opérationnelles sur le papier ? Qui n’a jamais eu de souci d’impression d’un article capital pour ses recherches ?

Nous estimons aussi que la réflexion doit être menée dans une logique de complémentarité et non de concurrence. La direction des collections de la BnF projette de supprimer des milliers d’ouvrages imprimés des rayonnages de la bibliothèque du Haut-de-jardin en prétextant parmi d’autres raisons (« aérer les salles », « faciliter les déambulations », installer des canapés …) que la documentation électronique prendra le relais. C’est oublier qu’une grande partie de la documentation produite ne possède pas toujours d’équivalent numérique ou que seule une carte bancaire permet d’en délivrer le contenu.

Il est urgent aujourd’hui de réfléchir à l’articulation des supports,  aux changements de modèles organisationnels et aux médiations à mettre en place afin de faciliter l’accès à tous types de documents – qu’ils soient imprimés ou numériques – dans une logique concertée et pensée… bref une logique normalement au cœur de nos métiers !

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Réforme du Haut-de-jardin : chronique d’un massacre à la tronçonneuse … silencieuse

C’est une élimination silencieuse. Non médiatisée, malheureusement. Des dizaines de milliers de livres disparaîtront bientôt de la Bibliothèque d’étude de la BnF. Beaucoup d’ouvrages sont déjà partis pour le « pilon », un mot coquet pour désigner la poubelle. La réduction des collections a déjà commencé, elle se poursuit, très souvent dans le silence.

Vue d'une des salles du Haut-de-jardin qui commence à être "écrêtée"

Bientôt l’établissement n’offrira à ses lecteurs qu’une offre plus que maigrichonne car cette élimination massive en cours dans les rayons, cet « écrétage » pour reprendre un terme du projet cher à  la direction des collections, s’accompagne d’une diminution drastique des budgets d’acquisitions pour l’ensemble de la bibliothèque. Par exemple, en ce qui concerne les revues, le budget a été très fortement amputé pour la campagne d’abonnements 2011-2012 (il manque ainsi 16 000 euros au département Littérature et art, 48 000 euros au département Philosophie, histoire, sciences de l’homme et 71 000 euros au département Droit, économie, politique pour reconduire leurs abonnements), une baisse qui vient s’ajouter aux coupes déjà subies ces dernières années et qui ont déjà réduit la couverture documentaire de la BnF.

Les programmations de désherbage se poursuivent, ainsi peut-on lire dans le compte rendu de la réunion d’encadrement du département Littératures et Art du 7 juillet 2011 que   » D’après le dernier état de la volumétrie des monographies LLA du HdJ, il faudra désherber 15 000 volumes environ pour atteindre la volumétrie cible « .

Coupes documentaires et arbitrage budgétaires difficiles à accepter alors que l’établissement dépense des sommes considérables pour des aménagements d’espace contestables en faisant appel à une armada de cabinets d’architectes programmistes et de designers d’espace (Cf le « flop » du Labo fantôme dans le Hall Est et les 450 000 euros qu’il a coûté).

Quelle nouvelle bibliothèque souhaite donc la direction ? Une coquille vide où l’on pourra méditer tout à loisir sur la « mort du livre », tant et tant annoncée ?

Ou n’est-ce qu’une spéculation  (dans tous les sens du terme !), qui permet, au mépris des pratiques réelles, de justifier d’importantes réductions de budget, de vraies coupes sombres qui mettent nos rayonnages à nu ? Et nos lecteurs dans une situation de dénuement documentaire tout à fait inédite depuis l’ouverture du Haut-de-jardin.

Les pétales ou le coeur ?

Avant-hier, un collègue désespéré comme moi  me parlait des pétales ou du cœur.

Dans un autre contexte, ce serait presque poétique.

Mais non, dans ce couloir venteux, il se lamentait en fait sur notre prochain dilemme de chargés de collection confrontés à la réduction drastique des budgets d’acquisitions courantes à la BnF.

Face à cet amaigrissement déraisonnable des budgets de monographies et de périodiques, certains directeurs de département hésitent entre plusieurs logiques. Le sien, après quelques revirements, penchait finalement pour ne garder que les pétales, c’est-à-dire que les publications les plus confidentielles, les plus spécialisées aussi, qui ne sont pas achetées dans les autres bibliothèques.

Mais, avec raison, ce collègue s’interrogeait :  comment pourront encore tenir les pétales sans le cœur ? Nos malheureux lecteurs seront-ils condamnés à multiplier leurs navettes entre les différentes bibliothèques, butiner les pétales là, puis le cœur ailleurs ?

Ne garder que le cœur ? Au risque de voir disparaître de la carte documentaire des pans entiers de publications et d’uniformiser le paysage des collections accessibles dans les bibliothèques françaises ? C’est bien mal jouer la complémentarité des bibliothèques déjà bien mise à mal dans des logiques de concurrence plutôt que de partage, complémentarité déjà attaquée par les « réformes » galopantes de nivellement des collections réduites à leur plus petit dénominateur commun, le taux de consultation (cf à la BnF la « Réforme du Haut-de-jardin », à la Bpi le nouveau projet documentaire de démembrement, à la Bibliothèque universitaire de Nanterre le projet de « learning center » et à la bibliothèque universitaire de Lyon, le démantèlement de la collection de référence réduite de 50 000 ouvrages).

Nous souhaiterions tellement que la fleur continue à s’épanouir pour le plaisir et les besoins de nos pauvres lecteurs, qui ne se doutent probablement pas encore de ce qui les attend dans les prochaines années.

L’externalisation des acquisitions : une fiction ?

Pas sûr !

La direction de l’établissement a commandé une enquête prospective en 2008 à un groupe d’élèves de l’Enssib.

Le document est visible sur la base de production Lotus Notes (BnF-ADM-2009-004263-01).

Ce qui est étudié c’est une possible externalisation des acquisitions par le biais d’offices confiés à des fournisseurs.

N’est-ce pas nier les compétences des collègues chargés de collections ? Leurs techniques développées de veille éditoriale, leurs connaissances du champs éditorial de leurs disciplines respectives ?

Et puis, quel intérêt ? N’est-ce pas le coeur de métier ? Ce que nous savons faire, et plutôt bien, depuis la préhistoire de la bibliothéconomie ? Et puis aujourd’hui, avec Internet, énormément d’outils nous permettent de ratisser correctement et en toute conscience la production éditoriale de différents pays. Ne sommes-nous pas abonnés à de nombreuses newsletters de maisons d’éditions, de groupes de chercheurs, d’institutions comptant dans nos domaines pour ne pas être au courant en temps et en heure des parutions incontournables dans nos domaines ? Ne dépouillons nous pas les recensions de différentes ressources nous permettant d’être en phase avec l’actualité universitaire et éditoriale ? N’avons nous pas suffisamment de contacts avec nos chercheurs et leurs centres de recherche par le biais de réseaux patiemment et consciencieusement construits ? Ne discutons nous pas avec nos lecteurs, en Haut-de-jardin et en Rez-de-jardin, pour savoir ce qu’ils attendent et aimeraient trouver dans nos magasins et rayons ?

Et puis, est-ce bien raisonnable à l’heure où bien des bibliothèques ont décidé de résilier leurs offices conclus avec des libraires car ils occasionnent un coût de gestion bien trop lourd et des complications sans fin pour le personnel qui ne peut plus construire de politique documentaire cohérente ?

Quelle curieuse idée !

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