Sursaut BnF

Blog des élus de la liste FSU et non-syndiqués au Conseil scientifique de la BnF

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Déclaration commune des élus du personnel (CFDT-CGT-FSU) au Conseil scientifique du 8 mars 2011

Nous pensons que l’accord signé le 1er février par la BnF, le SNE [Syndicat National de l’Edition] et la SGDL [Société des Gens de Lettres], visant à numériser 500.000 ouvrages épuisés encore sous droits à la charge de l’établissement, à partir des exemplaires du dépôt légal, et renvoyant, depuis Gallica, à des sites commerciaux, menace gravement l’indépendance de la BnF. Il remet en cause la maîtrise de ses choix en matière de numérisation et, surtout, compromet comme jamais les conditions d’un accès libre et gratuit de l’ensemble de ses collections à tous ses lecteurs, sur place comme à distance, avec, pour seules limites, celles du droit de propriété intellectuelle.

Outre le fait que cet accord entérine la prise en compte d’intérêts privés au sein d’une politique qui, dès lors, ne peut plus se dire tout à fait publique, l’opacité même de ses termes, à ce jour demeurés confidentiels, permet d’imaginer que n’y est pas garantie la possibilité de cet accès universel aux textes qui est le seul enjeu vraiment digne de cette « République des lettres » numérique, celle-là même que Robert Darnton appelle de ses vœux dans son dernier ouvrage, Apologie du livre, paru il y a quelques mois, et dont nous aimerions citer deux courts extraits qui traduisent parfaitement notre état d’esprit :

« Les bibliothèques ont pour raison d’être la promotion du bien public, l’ « encouragement du savoir », la connaissance « ouverte à tous ». Les entreprises sont là pour rapporter de l’argent à leurs actionnaires – chose positive, sans doute, si l’on considère qu’une économie de profits bénéficie également à l’intérêt général. Cependant, si nous autorisons la commercialisation des fonds de nos bibliothèques, nous ne pourrons éviter une contradiction fondamentale. Numériser les collections et les vendre en ligne sans se soucier de garantir un libre accès à tous reviendrait à répéter l’erreur qui fut commise lorsque les éditeurs s’emparèrent du marché des revues scientifiques, mais à une échelle bien plus grande puisque cela ferait d’Internet un instrument de privatisation d’un savoir qui appartient à la sphère publique »

(p. 118-119).

et :

« Rester les bras croisés comme si l’on pouvait se fier aux forces du marché pour agir dans le sens de l’intérêt général serait une erreur. Nous devons nous impliquer, entrer dans le jeu et reconquérir les droits légitimes du public. (…) Certes, nous devons numériser, mais surtout démocratiser en assurant un libre accès à notre héritage culturel.»

(p. 120).

Pour toutes ces raisons et nous inspirant de ces mêmes principes, nous demandons solennellement :

 

  1. que le texte de l’accord du 1er février soit rendu public dans les meilleurs délais,
  2. que des garanties nous soient données à propos des conditions d’accès public aux fichiers numériques réalisés dans le cadre de cet accord,
  3. que nous soit précisément explicité dans quelles conditions et avec quels moyens financiers et, surtout, humains, il est prévu qu’il soit réalisé.

 

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